SAISON 02 · TROUVER UN CHEMIN

Tuto de la collégienne normale… tu parles !

02 · 6 min de lecture · #COLLÈGE #MASKING #IDENTITÉ

Après les années de primaire à déménager à répétition, me voilà balancée dans un grand collège. Je n'en menais pas large.

Et là… j'ai rencontré Emilie.

Emilie c'était une relation fusionnelle. Le genre de complicité immédiate, absolue, où on se comprend sans vraiment expliquer. On était tout le temps ensemble. Inséparables. Ce n'était pas compliqué à comprendre : Emilie était ma première vraie amie. Ma première relation où j'avais le sentiment d'appartenir, d'être choisie pour ce que j'étais.

Et puis… Emilie est partie. Du jour au lendemain.

Pas de dispute. Pas d'explication. Juste une amitié qui s'arrête, comme ça, sans crier gare. Elle a changé de groupe. Elle ne m'a plus adressé la parole de la même façon. J'ai mis un temps fou à comprendre ce qui s'était passé et, surtout, à ne plus me demander ce que j'avais fait de mal. Parce que bien sûr, c'était forcément ma faute.

En attendant, il fallait survivre au collège.

J'ai regardé autour de moi et j'ai fait ce que je savais faire depuis la maternelle : j'ai observé. J'ai observé les filles qui avaient l'air normale. Les filles qui avaient un groupe. Les filles qu'on ne regardait pas de travers. J'ai étudié leurs codes.

Le jean. La coiffure. La façon de parler. La musique qu'on écoute. Ce qu'on aime, ce qu'on n'aime pas.

Et j'ai commencé à copier. Méthodiquement. Consciencieusement.

J'ai demandé à avoir un jean. À me faire lisser les cheveux. J'ai mis de côté mes lectures, mes lubies, mes centres d'intérêt d'adulte miniature. J'ai appris à rire des choses qu'on était censé trouver drôles. À m'intéresser à ce qui était supposé m'intéresser.

Je construisais un personnage. Et j'étais douée.

J'ai changé d'école. Nouveau départ, nouveau masque. Cette fois j'avais décidé d'incarner quelque chose de différent : la fille un peu rebelle, un peu bad-ass. Pas méchante, mais avec du caractère. Quelqu'un qu'on n'embête pas.

Ça a plutôt bien marché.

J'ai intégré un groupe. J'avais une réputation. Les gens savaient qui j'étais — enfin, qui j'avais décidé d'être. C'était reposant, paradoxalement. Moins d'imprévisible. Moins de questions auxquelles je ne savais pas répondre.

Sauf que.

Ce que je ne savais pas encore, c'est que tout ça avait un nom. Que ce travail permanent d'observation, d'analyse, de copie et d'adaptation des codes sociaux — ce travail que je faisais naturellement, instinctivement, depuis que j'avais conscience d'être différente — s'appelait le masking.

Je m'étais mise en apnée pour ressembler à tout le monde.

Et comme toutes les apnées, ça se termine. Il faut bien remonter à la surface pour respirer.

Je ne le savais pas encore. Mais la facture, elle arrivait.